| Narration |
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Nous étions des héros, du moins je le pense.

À huit ans, je me rappelle de mon frère Phil, à peine plus vieux que moi, feuilletant les pages d’un journal de sport parlant de Guy Lafleur. Il jouait alors dans les mineurs, pour les Remparts de Québec. Nous parlions de lui comme la future vedette de la NHL. J’étais très impressionné, non pas par les exploits spectaculaires de Guy Lafleur, mais par Phil, qui lisait un journal de grand.
À 9 ou 10 ans , mes parents m’inscrivent dans le hockey mineur de mon quartier. Je joue alors sur les patinoires extérieures . Dans nos vieux patins de cuir trop fermement lacés, la t° glaciale nous gelait les pieds. La meilleure façon de les dégeler, selon nos parents, était de les plonger directement dans la neige. Afin de prévenir les engelures, nous pouvions aussi mettre du poivre noir dans nos patins, avant de les enfiler. Nous passions nos journées à la patinoire. J’étais devenu, joueur de hockey.
Vers 12 ans, malgré un équipement désuet, mon niveau de jeu progresse et je joue pour le grand club; le FSS (Fédération Sportive Sallaberry) dans de belles arénas chauffées. L’odeur des hot-dogs se mêlait aux parfums de nos petites amies admiratrices venues nous encourager. L’aréna était le lieu de rencontre et de cruise . Même si ne jouions pas, nous y allions quand même, espérant rencontrer notre kick. Salut à toi! Luce, Martine et Hélène…
Je me rappelle aussi d’une fameuse partie contre l’école secondaire Saint-André-Apôtre, d’Ahunstic. Une ambiance des séries faisait alors vibrer l’Aréna Marcelin-Wilson. Notre temple faisait salle comble, juste pour nous. Tous y étaient, le directeur, les professeurs, les élèves. Nous avions, je crois, gagné cette célèbre rencontre. Nous étions des héros, du moins je le pense. Était-ce vraiment le cas? Je me plais encore à y croire, mais une chose est certaine, ce jour-là, j’ai vécu la gloire!
Je fus capitaine de mon équipe. Peut-être dû à mon leadership, mon esprit d’équipe. J’étais le plus petit. Phil, lui, était l’un des plus grand et il évoluait à la défense. Il n’avait pas le meilleur coup de patin, mais il savait très bien protéger son but. J’ai aussi joué des matchs hors-concours au USA. Nous les avons tous perdus.
J’ai appris dernièrement, que suite aux problèmes financiers de mes parents, nos coachs avaient demandé le support de la fédération sportive afin de payer nos frais d’inscriptions, pour nous permettre de jouer une saison. J’ai trouvé cela très touchant et j’en remercie M. Ste-Marie.
L’été, le hockey organisé étant terminé, nous débutions alors notre saison de hockey dans’ rue. J’habitais alors sur une rue en cul-de-sac qui était tout à fait appropriée pour disputer nos parties improvisées. Il arrivait que nous crions « AUTO » et nous devions alors dégager nos buts de la rue. Une fois l’auto passée, nous remettions tout en place afin de recommencer la partie. C’était normal. Nous faisions des doigts d’honneurs aux automobilistes qui nous criaient après. Nous tenions un registre des meilleurs marqueurs du quartier. Gabriel Carosseli, petit italien bourré de talent, m’a montré comment courber la palette de mon hockey de bois, en la chauffant au-dessus du rond de la cuisinière. Toute une méthode, créant une méchante banane qui était de toute évidence illégale.
En ’77, ma famille et moi quittons Montréal pour Rosemère. Je laisse alors tous mes amis, Robert, J-F, Vincent, mes blondes et mon équipe de hockey. Tout est à recommencer. Fini la célébrité établie de mon fameux quartier. À Rosemère, je me lie d’amitié avec Denis qui est un excellent jeune hockeyeur. Après une année sans jouer, je tente de faire le club. Je n’ai plus d’équipement. La journée des tests, tout s’effondre. Mes patins prêtés par je ne sais qui, sont trop grands et pas bien affilés. Je glisse partout, je tombe à chaque virage. Je porte mal cet équipement qui n’est pas le mien. Je ne suis plus le même joueur. Je ne fais pas le club.
Je n’ai plus jamais joué au hockey organisé.
